C’est nous qui avons de la chance!
The English version of this story can be read here.
par Katherine Mortimer, une Canadienne qui a adopté un bébé en Chine
En septembre 2005, mon mari et moi avons adopté notre fille en Chine alors qu’elle n’était âgée que de 12 mois. À cette époque, nous étions tous deux journalistes au même journal. Comme nous l’avions planifié, je prendrais le congé parental, tandis que mon mari prendrait deux semaines de vacances pour notre voyage en Chine.
Nous avons eu recours à traitements de fertilité pendant de nombreuses années, et après être miraculeusement tombée enceinte par fertilisation in vitro, nous avons vécu la mort de notre nouveau-né, notre magnifique garçon. Nous avions déjà connu l’enfer pour devenir parents, et quand nous avons commencé à entamer notre long processus d’adoption, j’ai été choquée d’apprendre que je n’aurais pas droit aux mêmes congés parentaux que les parents biologiques d’un enfant. J’estimais alors, et je le pense encore, que les parents adoptifs sont victimes de discrimination de la part du gouvernement fédéral. Lorsque je me suis plaint de cette situation à un employé du bureau de l’assurance-emploi, on m’a répondu que si j’avais vécu tout le stress associé à une grossesse, alors j’aurais droit à plus de temps de congé. Je n’ai pas très bien digéré cette réponse.
J’ai su, dès le moment où j’ai pris ma fille dans mes bras, que je voudrais passer le plus de temps possible avec elle. Heureusement, mon superviseur m’a permis de prendre 15 semaines de congés de plus sans problème. Je n’ai pas reçu de salaire pendant ces semaines, mais nous avons fait des sacrifices pour joindre les deux bouts.
L’attachement est une étape si cruciale du rôle parental, et quand on adopte un enfant, je crois que ça l’est encore plus. Après avoir été abandonnée et trouvée à six jours, notre fille a passé sa première année de vie dans un orphelinat en Chine. Elle était très attachée à sa nounou là-bas, et nous étions très conscients que nous allions retirer notre bébé des bras d’une femme qui, pour ainsi dire, était sa maman.
Nous avions une apparence et une odeur différentes, et parlions très peu mandarin. Nous l’avons sortie de l’orphelinat peu après avoir fait sa connaissance pour l’emmener à un hôtel où rien n’était pareil. Je n’ose imaginer à quel point cette situation a dû être épeurante pour elle.
À notre retour à la maison, nous avons inscrit notre bébé dans un programme développemental à la North Okanagan Neurological Association, où notre fantastique thérapeute du développement nous a apporté son aide pendant les premiers mois critiques. Nous avons appris plein de choses importantes sur l’attachement, et entre autres de considérer notre bébé d’un an comme un nouveau-né. Il ne fallait pas que personne d’autre la prenne dans leurs bras ou la faire garder pour que le processus d’attachement ait lieu. Bien sûr à certains moments c’était épuisant, mais heureusement ça a fonctionné.
J’ai dû retourner au travail alors que ma fille venait tout juste d’avoir deux ans. Nous avons eu la chance d’avoir une place dans une garderie familiale appartenant à une femme chaleureuse et adorable. Par contre, les premiers jours passés à la garderie furent très difficiles pour notre petite fille. Je ne peux compter le nombre de fois où des parents bien intentionnés m’ont dit que c’était bien plus pénible pour moi que pour elle. Au début, ce commentaire m’agaçait, car le fait d’avoir plus de temps à moi était une nouveauté, et je savais bien que pour elle c’était dur étant donné l’abandon vécu en bas âge. L’adaptation à sa nouvelle garderie s’est faite graduellement. Je la rassurais constamment en lui répétant : « Maman va revenir. Maman va toujours revenir. » Heureusement, elle s’est habituée à son nouvel environnement.
C’était merveilleux de pouvoir compter sur 15 semaines de plus avec ma fille adorée. Nous avons des amis qui ont adopté comme nous en Chine et leurs employeurs n’ont pas été aussi compréhensifs et généreux quand est venu le temps de leur accorder des congés.
Je suis convaincue que les semaines de plus passées avec ma fille ont fait d’elle l’enfant heureuse et bien équilibrée d’aujourd’hui. Ma fille, maintenant âgée de 14 ans, est en neuvième année, obtient des A et s’implique beaucoup dans son groupe de danse. Mais par-dessus tout, elle est aimante, gentille, drôle et fait preuve d’empathie. Nous sommes bénis au-delà de toute mesure d’être ses parents.
Quand ils parlent de notre fille, les gens nous disent : « Quelle chance elle a ». Et comme tous les parents adoptifs placés dans une telle situation, nous répondons invariablement : « C’est nous les chanceux! » Je sais que mon mari et moi sommes chanceux d’avoir pu l’adopter et chanceux qu’elle ait eu le temps nécessaire pour pouvoir s’attacher. Pour les familles adoptives, ça ne devrait pas être laissé au hasard, car chaque enfant mérite un bon départ dans la vie.
Les opinions exprimées dans les articles publiés sur ce blogue reflètent celles de leurs auteurs et ne représentent en aucun cas la position officielle d’Interwoven Connections. Nous respectons la diversité des opinions au sein de la communauté de l’adoption, de la prise en charge par la famille élargie et de la prise en charge traditionnelle, et espérons que ces articles susciteront des discussions constructives. Notre campagne #timetoattach se poursuit dans le but de faire évoluer les politiques publiques afin d’instaurer un congé parental de 15 semaines (congé d’attachement) pour les parents adoptifs, les membres de la famille élargie et les aidants traditionnels. Alors que nous nous sommes efforcés, en collaboration avec l'Université Western et le Conseil de l'adoption du Canada, de sensibiliser le public à l'importance de ce soutien nécessaire aux familles et aux enfants, il a été essentiel de partager les expériences réelles de parents et de leurs enfants qui cherchaient à établir des liens sains et durables. Découvrez comment partager votre histoire.